Intérêts moratoires : calcul, automaticité, réclamation
Vérifiez la naissance du droit, récupérez le taux officiel du bon trimestre, calculez chaque période et préparez une réclamation documentée.

La réponse en bref
Quand le paiement d'une commande publique dépasse le délai réglementaire pour une cause imputable à l'administration, les intérêts moratoires sont dus sans formalité préalable. Ils courent jusqu'au paiement du principal et utilisent le taux trimestriel publié par la TGR.
Le droit peut naître automatiquement, mais son contrôle ne l'est pas. L'entreprise doit reconstituer le principal, le point de départ, la date de paiement et le taux applicable à chaque période.
Dans quels cas les intérêts moratoires sont-ils dus ?
Le décret n° 2-16-344 organise les intérêts moratoires pour les commandes publiques entrant dans son champ. Ses articles 8 à 11 encadrent la naissance du droit, la période, la base et le taux.
Avant tout calcul, confirmez quatre éléments :
- le décret s'applique bien à l'acheteur et à la commande ;
- le délai de paiement applicable est expiré ;
- le principal n'a pas été payé pendant la période calculée ;
- le retard est imputable à l'administration.
Si l'acheteur est une société soumise au droit privé, une autre analyse peut être nécessaire, notamment au regard de la loi n° 69-21. Ne transposez pas automatiquement le décret.
Obligation officielle
Appliquer la base, les dates et le taux définis par le régime qui couvre réellement la commande.
Méthode OKTRA
Construire une fiche de calcul lisible, séparer les périodes de taux et joindre chaque preuve à la réclamation.
Que signifie « sans formalité préalable » ?
Dans le champ du décret, le droit aux intérêts naît sans que le titulaire ait besoin d'une mise en demeure préalable lorsque les conditions sont réunies.
Cela ne dispense pas l'entreprise de contrôler le montant reçu ou de réclamer une régularisation. L'automaticité du droit ne garantit pas que le calcul sera visible, exact ou payé en même temps que le principal.
Une relance bien documentée reste donc utile. Elle ne crée pas le droit, mais elle facilite son identification et son traitement.
Quelle période faut-il calculer ?
Le décret prévoit que les intérêts courent à partir du jour suivant l'expiration du délai de paiement jusqu'au jour du paiement du principal.
Votre chronologie doit comporter :
- la date de constatation du service fait ;
- la date de départ retenue selon le régime ;
- la durée réglementaire applicable ;
- la date d'échéance ;
- le premier jour d'intérêts ;
- la date de paiement effectif du principal.
Ne remplacez pas la date de paiement effectif par la date d'annonce, de mandatement ou d'émission d'un ordre, sauf si le texte applicable le prévoit expressément.
Quelle base de calcul utiliser ?
Dans le régime du décret n° 2-16-344, la base correspond au montant toutes taxes comprises dû au titre de la commande, diminué notamment de la retenue de garantie selon les modalités du texte.
Reconstituez la base ligne par ligne :
- montant TTC reconnu ;
- retenue de garantie ;
- montant du principal déjà payé ;
- partie réellement restée due pendant la période.
Si un paiement partiel intervient, arrêtez le calcul sur l'ancien principal à cette date, puis recommencez sur le solde pour la période suivante.
Comment trouver le taux applicable ?
Le mécanisme prévu par le décret se fonde sur la moyenne pondérée du taux des bons du Trésor à trois mois du trimestre précédent, majorée d'un point. Le taux est fixé pour chaque trimestre selon la décision officielle compétente.
Ne recopiez pas le dernier taux trouvé dans un ancien fichier. Pour chaque période :
- identifiez le trimestre civil ;
- récupérez la décision officielle correspondante ;
- archivez la source ;
- notez le taux en valeur décimale dans la formule ;
- séparez le calcul si le retard traverse plusieurs trimestres.
La formule de calcul
Pour une période qui reste dans un même taux :
`Intérêts = principal concerné x nombre de jours x taux annuel / 365`
Le nombre de jours doit correspondre à la période exacte. Le taux de 4,50 % s'écrit 0,045 dans la formule.
Exemple chiffré illustratif
Hypothèses purement pédagogiques :
- principal concerné : 250 000 DH ;
- retard : 18 jours ;
- taux annuel illustratif : 4,50 %.
Calcul :
`250 000 x 18 x 0,045 / 365 = 554,79 DH`
Le résultat illustratif est 554,79 DH.
Le taux de 4,50 % n'est pas présenté comme le taux officiel actuel. Pour un dossier réel, remplacez-le par le taux officiel du trimestre concerné et vérifiez la base ainsi que les dates.
Que faire si le retard traverse deux trimestres ?
Découpez le calcul.
Exemple de méthode :
- période 1, du premier jour d'intérêts au 30 juin, avec le taux du deuxième trimestre ;
- période 2, du 1er juillet au paiement, avec le taux du troisième trimestre ;
- addition des deux résultats.
Si le principal change entre les deux périodes, séparez également la base. Une seule formule globale avec un taux moyen inventé rend le contrôle impossible.
Comment traiter un paiement partiel ?
Supposons qu'un principal de 300 000 DH reste dû, puis qu'un paiement de 100 000 DH intervienne pendant le retard.
Calculez d'abord les intérêts sur 300 000 DH jusqu'au jour du paiement partiel selon la règle applicable. Calculez ensuite sur le solde de 200 000 DH pour la période suivante.
Conservez la preuve bancaire et la ventilation du paiement. Si l'acheteur affecte le montant à une facture précise, faites apparaître cette affectation dans la fiche.
La fiche de calcul à préparer
Votre fiche doit permettre à une autre personne de refaire le calcul sans vous appeler. Indiquez :
- acheteur et référence de la commande ;
- texte applicable et justification du champ ;
- montant TTC reconnu ;
- retenues et paiements partiels ;
- date du service fait ;
- date d'échéance ;
- date de paiement du principal ;
- nombre de jours par période ;
- taux et lien vers chaque décision officielle ;
- formule et résultat par période ;
- total demandé et paiements d'intérêts déjà reçus.
Comment préparer la réclamation ?
La réclamation doit être factuelle. Présentez d'abord la commande et le principal, puis la chronologie, le fondement, le calcul et la demande.
Joignez seulement les pièces utiles :
- marché ou commande ;
- preuve du service fait ;
- facture ou décompte ;
- preuve de remise du dossier complet ;
- preuve du paiement du principal ;
- décision officielle du taux ;
- fiche de calcul ;
- courriers antérieurs utiles.
Demandez une réponse sur les dates ou la base si l'acheteur retient un autre calcul. Une divergence clairement localisée se résout mieux qu'une contestation générale.
Modèle de formulation
« Nous vous prions de bien vouloir vérifier et procéder au règlement des intérêts moratoires relatifs à la commande [référence]. Notre calcul joint retient un principal de [montant], une échéance au [date], un paiement du principal au [date] et les taux officiels des trimestres concernés. Le montant obtenu est de [montant]. »
Adaptez cette formulation à la procédure contractuelle et à l'autorité compétente. N'affirmez pas une date ou un taux qui n'est pas justifié par une pièce.
Les huit erreurs qui faussent le calcul
- Ne pas vérifier le champ du décret.
- Compter depuis la facture par automatisme.
- Inclure une retenue qui ne fait pas partie de la base applicable.
- Utiliser un taux actuel pour un retard ancien.
- Oublier de changer de taux au passage d'un trimestre.
- Ignorer un paiement partiel.
- Compter jusqu'à la date de réclamation au lieu du paiement du principal.
- Ne conserver aucune copie de la décision officielle du taux.
Questions fréquentes
Faut-il envoyer une mise en demeure pour faire naître les intérêts ?
Dans le champ du décret n° 2-16-344, ils sont dus sans formalité préalable lorsque ses conditions sont réunies.
Le taux est-il fixe pendant toute la commande ?
Non. Il est fixé par trimestre. Un retard couvrant plusieurs trimestres peut nécessiter plusieurs calculs.
Les intérêts se calculent-ils sur le montant hors taxes ?
Le décret retient une base toutes taxes comprises selon ses modalités. Vérifiez les retenues et la partie réellement due.
Que faire si le principal a été payé en plusieurs fois ?
Découpez la période à chaque paiement et recalculez sur le solde restant.
Puis-je utiliser un simulateur en ligne ?
Oui pour vérifier l'arithmétique, mais contrôlez le texte, les dates, la base et le taux officiel. Le simulateur ne connaît pas automatiquement votre dossier.
À retenir
Un calcul défendable montre quatre choses : le bon régime, le principal exact, les dates prouvées et le taux officiel de chaque trimestre.
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Ceci ne constitue pas un conseil juridique. Le champ du texte, les dates et la base doivent être vérifiés sur les pièces de chaque commande.
Méthode et périmètre
Calcul séparé par période de taux, avec principal, dates, nombre de jours et source officielle. Le taux de l'exemple est explicitement illustratif.
Période étudiée : Droit vérifié le 23 août 2026 ; taux à reprendre pour les trimestres du dossier réel
Passez à l’étape suivante
Une action claire pour appliquer ce que vous venez de lire.
Sources vérifiées
- Décret n° 2-16-344 sur les délais de paiement et les intérêts moratoires
Secrétariat général du Gouvernement
Articles 8 à 11 : automaticité, période, base et mécanisme du taux.
Consultée le 23 août 2026
- Modification du décret n° 2-16-344
Secrétariat général du Gouvernement
Version modifiée du régime à utiliser pour le calcul.
Consultée le 23 août 2026
- Décret sur les intérêts moratoires publié par la TGR
Trésorerie Générale du Royaume
Copie institutionnelle du décret et mécanisme du taux trimestriel.
Consultée le 23 août 2026




